Hebàmm

 

Hebàmm

U n ami lecteur me demande : « Pourquoi dit-on en alsacien Hebàmm ou Hewàmm pour sage-femme ? D’où vient ce terme ? » Il faut remonter à la forme du moyen-haut allemand (1050-1500) hebeamme , au sens de sage-femme, littéralement la nourrice, die Amme , qui soulève, heben , le nouveau-né, s nèigeborene Kìnd , au moment où il vient au monde, wenn’s uf d Walt kommt. La variante Hewàmm est due à un affaiblissement articulatoire, le passage de b à w, fréquent dans certaines circonstances, comme en position intervocalique (entre deux voyelles) : ich lab, mìr lawe , je vis, nous vivons. Il est aussi une des lignes de partage (isoglosse) entre le haut alémanique parlé dans le Sundgau méridional (au sud d’une ligne Sierentz-Ferrette) et le bas alémanique comme l’illustre l’exemple : labe/lawe , vivre.

En revanche, Hemàmme, qui circule dans le coin de Morschwiller-le-Bas, est carrément une déformation amusante de Hebàmme , qui du coup jette aux oubliettes l’étymologie de ce geste ancestral de la sage-femme qui consiste à soulever le nouveau-né : hochhebe (haut alémanique) ou hochhewwe (bas alémanique).

Le cordon ombilical est coupé, d Nawwelschnüer ìsch duregschnìtte, et la mère, d Màmme, ou la nourrice, d Sügàmme , peuvent donner le sein au bébé affamé, känne ìm hungrige Bubbela d Bruscht ga. Notons au passage que Sügàmme , composé de süge , sucer, et Àmme , nourrice, est bien plus évocateur que Pflag(e) müeter ou « nounou ». Le lait maternel, d Müetermìlch, ou Müetermìlich est sans doute préférable au biberon, der Schoppe , affublé de sa tétine, der Zulli ou s Zullela , qui se dit Nùlli à Colmar. Eh oui, zulle signifie également sucer, tout comme lulle ou nùlle (Colmar), ce qui nous renvoie à la sucette, s Zullstangela , peu à peu poussé hors du champ linguistique alsacien par l’emprunt Süsettla. Question aux psychologues : jusqu’à quel âge un enfant peut-il sucer son pouce, àm Düme zulle, lulle, nùlle,sans se faire traiter de bébé, Bubbela, par ses camarades ?

J’observe çà et là qu’un nombre non négligeable de grandes personnes, à l’instar des nourrissons, Wìckelkìnder , semblent être attirées par les hochets, d Schatterla. Le hochet est, au sens figuré, cette chose futile qui contente et console l’esprit tourmenté. Je m’aperçois que d’aucuns les agitent comme des bannières devant les yeux écarquillés de leurs sujets, gwìssi schwìnge se wie Bànner vor de ufgsperrte Auige vo ìhre Untertàne. Et de me demander si cette attirance-là ne serait pas une forme de régression collective ? War dàs nìt e Form vo kollektivem Ruckschrìtt ?

 

Edgar ZEIDLER

 - Retour - Zruck -