Füülanza

 

Füülanza

Le verbe füülanza remonte au 14e siècle où en moyen haut-allemand vūlezen composé de vūl ou voul, « pourri », associé au suffixe -z(en) est souvent employé avec les verbes exprimant une odeur. Il signifiait à l’origine « sentir le pourri. » Sur le plan grammatical, l’adjectif füül, pourri, corrompu, a un comparatif irrégulier : fiiler, plus paresseux. Le superlatif étant àm fiilschta ou der fiilscht : der Seppi ìsch der fiilscht vo àlla, Joseph est le plus paresseux de tous. Les expressions correspondant à « il est très paresseux » sont très évocatrices et toutes péjoratives : ar ìsch füül wia Mìscht / wia Drack, z’füül fìr z’lüega, z’füül zum frassa.

Aujourd’hui, füülanza est uniquement employé au sens figuré et correspond à « fainéanter, paresser » ou « flemmarder. » Les noms apparentés sont der Füülanzer et der Füülpelz, le flemmard. Avec une nuance encore plus péjorative, on dira a füüler Hund ou a füüler Keib / Cheib, un fainéant. « Il a la flemme » se dit à Strasbourg : es ìsch em nìt ùms Schàffe. Le verbe füüla en revanche a gardé son sens premier : pourrir. Il est l’homonyme de fühla, ressentir.

On comprend bien, grâce à l’étymologie et à travers ces exemples, pourquoi füülanza est connoté négativement et qu’il est difficile de s’adonner à la paresse sans se sentir coupable, ’s ìsch nìt licht za füülanza ohna sich schuldig za fühla. La paresse se dit à Colmar ou Mulhouse d Füülheit. Dans le Sundgau, on rencontre aussi d Füülket alors que Füülchäs y désigne un fromage confectionné avec du lait caillé. Et le Sundgauvien n’ignore pas que a Füülharz tràga signifie « porter quelqu’un sur son dos ».

Qui saurait dire si le flegme, d Flegmàtikeit, est un cousin de la paresse ? Quelqu’un de flegmatique, ebber wo flegmàtisch ìsch, est-il assimilé à un paresseux ? Ne posez surtout pas la question aux british réputés pour leur flegme légendaire, terme qu’on associe volontiers à Kàltbliatigkeit, le sang-froid. D’aucuns supposent que les partisans d’un Brexit dur sont particulièrement kàltbliatig.

Edgar Zeidler

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