Ärger

 

Ärger

J’entends souvent, dans la bouche de personnes très âgées, l’expression : Frog nit dernoh, s kummt no ärger ! Elle pourrait se traduire par : ne t’en fais pas, le pire est à venir. Ce qui est intéressant, c’est le comparatif de supériorité ärger de l’adjectif àrg, fâcheux, mauvais, dont l’emploi est très rare. Employé comme adverbe, il signifie sévèrement, rudement, ou très : der Bode ìsch àrg trocke, le sol est très sec. Dans ces cas de figure, sehr est devenu usuel. Il est probable que ärger soit une forme antérieure à schlìmmer. En revanche, schlìmm, grave, fâcheux, funeste, est bien plus fréquent que àrg : Dàs ìsch nìt so schlìmm, ce n’est pas bien grave. Dàs kännt schlìmm üsàrte, cela pourrait avoir des conséquences funestes. La forme au superlatif dans l’expression sundgauvienne : s schlìmmschte (Ang) chunnt no, signifie aussi « le pire est à venir. »

Der Ärger, comme en allemand, a le sens de contrariété, ennui, dépit. Mìt gwìsse Süpporter vom PSG gìtt’s ìmmer Ärger, on a toujours des ennuis avec certains supporters du PSG. Le verbe pronominal, sich ärgere, signifie s’énerver, se mettre en colère, se fâcher : Viel Lit han sich gärgert, beaucoup de gens se sont mis en colère. À noter que dans l’aire du haut-alémanique, les formes au participe passé en -t insèrent un “e” épenthétique entre les deux consonnes finales : ìch hàn mi gärgeret, je me suis énervé.

Employé de façon transitive, ärgere signifie agacer, contrarier : d Marseiller dien garn d Pàriser ärgere, les Marseillais aiment bien agacer les Parisiens. Proche de ärgere, ufrege signifie d’abord énerver : D Màskepflìcht regt e manker uf, le port du masque en énerve plus d’un. On peut bien sûr aussi énerver son semblable en le taquinant. Dans ce cas, on emploie foppe, la raillerie étant d Fopperèi et un railleur e Foppi. Le pas est vite franchi vers la moquerie : Ar làcht mi üs, il se moque de moi.

Emprunté au français chicaner au sens de chercher querelle pour des vétilles, l’alsacien a formé schikàniere. Si je dis, mi Nochber düet mi schikàniere, il s’agit d’une contestation mesquine. Dans la foulée, on dira : Ar geht m’r uf der Wecker, il me tape sur le système (nerveux).

Dans cette période où la génération Covid avance masquée, on peut se demander qui est le plus irrité : wer ìsch àm meischte verärger(e) t ? Le masqué qui s’étouffe et ressent le masque comme une muselière, e Mülkorb , ou le non masqué, apostrophé par le masqué, der Unmàskiert, wo vom Màskierte àkotzt wìrd, parce qu’il voit en lui un objet de scandale public, e äffentligs Ärgernis?

 

Edgar ZEIDLER

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